Objectif négatif

19 avril 2018

Album

cars

Nous sommes en 78. 1978. Cela fait deux ans que je glande en fac de droit. Je squatte à une bière de Melodies Massacre. Plusieurs fois par semaine je paluche les bacs à disques. Du vinyle jusqu'au fond. Comme des marées successives venues d'outre Manche et d'outre Atlantique, des arrivages journaliers de galettes plus ou moins fraîches frappées de labels éphémères. Des 45 tours au pressage incertain. Des 33 qui sont de véritables tours de force. Je rencontre là toute une faune qui, avec le temps, forme une communauté qui comporte ses érudits qui vont jusqu'à connaître le nom de l'ingénieur du son des Slits (je vous assure qu'il existe). Et un jour de juin, alors que mon aventure universitaire touche à sa fin, au gré d'un paluchage je tombe sur une pochette qui ne ressemble à rien sur laquelle on peut lire THE CARS. Et sur la voie de garage sur laquelle je me suis embarqué, j'écouterai en boucle Just what I needed. 

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18 avril 2018

Pfft

En somme un vieil homme

Comme une vieille pomme
Oubliée sur le rebord 
Si proche de la mort
Il suffirait d'un souffle
Pour qu'il s'essouffle 
Puisqu'alors il le faut encore
Jusqu'au dernier accord
Dans le miroir du soir
Il regarde sa poire
Suivre les rides
De ses yeux humides
Le temps s'est asséché
Sur ce visage ébréché

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16 avril 2018

Echoués

L'ombre de l'ébène

Sur la mer se démène
La stupeur soudaine
Dans la lumière incertaine
Leur horizon les malmène
Est-ce pour rejoindre la haine
Que vers nous ils viennent
Qu'ils se souviennent
Et sur le sable s'égrènent 
Les pleurs et les peines

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15 avril 2018

Un soir chez nous

Donc, comme cela était à prévoir, malgré un fort trafic sur les chemins traversant les terroirs, la soirée ne fut pas bouchonnée. Elle révéla pour certains-nes et confirma pour d'autres que, même affublée d'une langue, il ne suffit pas d'avoir une bouche pour deviner ce qu'il y a à l'intérieur. Mais, loin d'être un concours, nous étions là pour découvrir, déguster des vins et prendre langue. Ce qui fut fait. Alors que le rouge des plaines et des montagnes révélait ses secrets les plus intimes, les joues devenaient rosées pendant que les regards s'embrasaient et les lèvres embrassaient les calices. Mais restons sobre dans l'évocation de cette première soirée qui vit se côtoyer dans la douceur d'une nuit de printemps tous les sens dans tous les sens. C'est au son de la voix de Xavier que nous goutâmes et voyageâmes d'un sarment à l'autre. 

Et, après avoir joui des plaisirs longs en bouche, restait à ouïr Jorge et Artur que, baignant dans les dernières vapeurs, nous écoutâmes. Délaissant la basse, Artur, de sa guitare juvénile apporta quelques variations au répertoire que nous avions coutume d'entendre. Ni tout à fait autres, les interprétations nous donnèrent à entendre des fantaisies, des inventions ponctuant les lignes mélodiques suivies par Jorge. Et c'est sous les applaudissements d'une assistance en délire ayant retrouvé tous ses esprits à l'exception de la part des anges, que se termina la soirée. En attendant la prochaine.    

 

Jorge et Artur

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Malmènent

L'ombre de l'ébène

Sur la mer se démène
La stupeur soudaine
Dans la lumière incertaine
Leur horizon les malmène
Est-ce pour rejoindre la haine
Que vers nous ils viennent
Qu'ils se souviennent
Et sur le sable s'égrènent 
Les pleurs et les peines

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13 avril 2018

Un soir au cinéma

Une femme, cela aurait pu être un homme, à qui... D'accord. Je ne sais plus si c'était une femme ou un homme mais toujours est-il qu'une personne à qui l'on demandait si elle avait passé le test concernant la maladie d'Alzeimer répondit qu'elle ne s'en souvenait pas. Bien sûr, on ne peut pas se souvenir de tout mais quand on ne se souvient de rien. Quand j'étais petit, après les cours, je me souvenais avoir regardé par la fenêtre. Mais le jour du contrôle ce souvenir ne me servait à rien. Pour un contrôle de géométrie, j'avais le mieux possible dessiné cette fenêtre expliquant que cet objet ici reproduit en deux dimensions s'ouvrait sur un espace possédant une dimension de plus. Spirituel et hors sujet au feutre rouge barrait ma copie lorsqu'elle me fut restituée.

C'est ainsi que je me suis retrouvé salle 6, non sans avoir croisé Annie dans le hall qui manifestement ne m'a pas reconnu, pour voir The third murder de Hirokazu Kore-eda. Arpentant le couloir que deux heures plus tôt j'avais traversé dans l'autre sens, je me demandais si je n'avais pas regardé un peu trop longtemps par la fenêtre. J'avais la sensation d'avoir oublié. D'avoir oublié au fur et à mesure. Comme si, comme pour un conte, ne me restait en mémoire que il était une fois...et ils eurent beaucoup d'enfants. Vérité, mémoire et illusion traversent ce film. Je vais devoir y retourner en prenant bien soin de fermer les volets.

third murder

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12 avril 2018

Un après-midi à la danse

Je me souviens des dimanches. De ces dimanches qui étaient l'ombre de la veille. De ces dimanches qui étaient déjà les prémices du lendemain. Tell me why I don't like sunday aurais-je, aurions-nous pu écrire. Et ces dimanches après-midi qui étaient comme du beurre mou que la chaleur transformait en une flaque luisante et écœurante. Dans le temps poisseux, l'odeur de l'ennui s'incrustait dans mes rêves. A qui devions-nous ce jour inutile?

C'est ainsi que dimanche après-midi, dans la légèreté d'un dimanche printanier, je me suis retrouvé dans la chapelle du CHU. Endroit à la fraîcheur apaisante pour voir une danseuse et un danseur de la compagnie l'Eolienne dans un spectacle de cirque chorégraphié. La première bonne nouvelle fut l'absence de Béatrice Dalle. Elle n'était pas prévue mais on ne sait jamais. Ensuite, une femme, un homme. En écrivant cela je me rends compte que dès que l'on touche au sexe il est difficile, voire impossible de contenter tout le monde. Ce qui par ailleurs serait bien présomptueux. Tout cela pour dire qu'en la circonstance... Décidément je ne sais pas comment dire. Toujours est-il que la sensualité que j'aurais souhaité quelque temps plutôt fut offerte à nos yeux et au reste. Deux corps. Bien sûr, ce n'était pas n'importe lesquels. Des corps sveltes, nerveux, agiles, bondissants, gracieux, sensuels, légers, violents. A chacun de nous sa beauté et son charme. A chaque corps son expression. Pour soi et pour l'autre. Peut-être devrions-nous oser.
Toujours est-il qu'en ce dimanche après-midi, le beurre était dur 

Lance moi en l'air

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11 avril 2018

Un soir au cinéma

Je me souviens quand j'étais petit et qu'en attendant je n'avais rien à faire d'autre qu'être petit. Au 17ème étage d'une tour qui dominait un terrain vague comme une plage abandonnée, il m'arrivait de jouer au cow-boy. Un cow-boy solitaire, à l'exception de mon nounours que parfois j'intégrais à mon scénario. Longtemps, John Wayne fut mon héros. Je reprenais ses rôles en essayant de reproduire sa démarche de baroudeur des plaines. Mais à cette époque aussi je manquais de virilité. J'étais dénué de ce regard profond dans lequel se reflétaient la conquête de l'Ouest, les duels, les femmes qui succombent. Comme j'aurais aimé qu'elles succombent à la seule vue de ma silhouette à la démarche chaloupée.

Et c'est comme ça que, après avoir sauvé Annie dans le hall, je me suis retrouvé dans cette foutue salle 4 pour voir The Rider. Je ne vais pas tourner autour de l'éperon, j'ai aimé. J'irai même jusqu'à dire que j'ai beaucoup aimé. Il est toujours réconfortant de voir que les américains savent faire ce genre de film. Un talentueux jeune homme fait une chute qui l'éloigne durablement puis définitivement des compétitions de rodéo. Avec simplicité et sobriété, le héros, qui n'exprime jamais le besoin d'une revanche tapageuse, part alors à la conquête de sa vie. Il finit par accepter que les chevaux ne soient plus sa raison d'être. Une émouvante sensibilité, dénuée de mièvrerie, traverse le film éclairé par un soleil rasant et une mélancolie apaisante. 

the rider

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10 avril 2018

A peine sorti du lit, il a bu un café allongé.

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09 avril 2018

Un soir au spectacle

L'autre jour, ce devait même être un matin, je ne sais par quel hasard hagard, je me retrouve dans la salle de bain, vêtu des restes de mon sommeil. Je le sais pourtant et encore davantage le matin, je ne dois pas me regarder dans la glace sous peine de me faire de la peine face au spectacle ainsi offert mais que j'ai la décence d'épargner aux autres. Les autres ne sont pas nombreux. Donc, m'exposant sans pudeur à mon regard, je ne peux que déplorer un flasque relâchement que les plis et les ombres ne peuvent suffire à dissimuler. Et je pars noyer mon dépit sous la douche.

C'est ainsi que l'autre soir je me suis retrouvé au théâtre des Deux Rives pour voir Warm interprétée par Edward Aleman et Wilmer Marquez, acrobates colombiens dans une version de David Bobée et une lecture de Béatrice Dalle. Bon, je ne vais pas tourner autour des projecteurs, j'ai aimé. Afin d'évacuer le trop plein sans traîner, Béatrice Dalle est inutile. Tout comme le texte qu'elle éructe, sa présence n'apporte rien. En revanche, les deux circassiens m'ont laissé bouche bée. A la vue de ces corps aux muscles saillants et seyants je me suis demandé si je n'allais pas me mettre à la muscu. Voir ainsi dans la chaleur intense des spots les corps luisants s'empoigner, s'enlacer, se surplomber, s'emboîter, s'élancer, se glisser me donna l'envie d'être un de ces muscles sculptés par l'effort, une de ces cuisses vibrant au gré des suspensions, un de ses abdominaux se dessinant dans les contorsions. Le spectacle qu'ils nous ont offert allait bien au-delà de la performance. J'ai admiré le mouvement des sentiments et des émotions. Un petit regret, je n'aurais pas été contre un peu plus de sensualité se mêlant à l'épuisement et l'abandon. (la vidéo provient d'une autre version) 

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