Objectif négatif

22 juin 2018

Poutine et bien profond (3) ou déjà 4 ans qu'on samba les couilles

Les dernières minutes du match s'estompaient déjà que je cherchais à me souvenir de ce que j'avais oublié. Je me souvenais de 1930 et de Jules Rimet. Je me souvenais de 1934 et de Mussolini. Je me souvenais de 1938 et du doublé italien. Je me souvenais de 1950 et du drame qui s'abattit sur le Brésil dans un stade Maracana pétrifié. Je me souvenais de 1954 et des hongrois désespérés. Je me souvenais de 1958 et de Pelé, de Fontaine. Je me souvenais de 1966 et de sa barre transversale. Je me souvenais de 1970 et du Brésil. Je me souvenais de 1974 et de Cruyff. Je me souvenais de 1978 et du retour de la France et du but le plus rapide de la coupe du Monde marqué par Lacombe. Je me souvenais de 1982 et de Séville. Je me souvenais de 1986 et de France-Brésil. Je me souvenais de 1990 et de Horst Hrubesch. Je me souvenais de 1994 et de Kostadinov, Emil de son prénom. Je me souvenais de 2002 et de la blessure de Zidane. Je me souvenais de 2006 et d'un autre France -Brésil. Je me souvenais de 2010 et du bordel ambiant. Je me souvenais de 2014 et des 7 buts encaissés par le Brésil. Et je ne me souvenais pas de 1962. Rien si ce n'est le vainqueur. Rien si ce n'est le Chili. Je n'ai jamais parlé, je n'ai jamais entendu parler de cette coupe du Monde. A ce demander si elle a vraiment eu lieu. Qui s'en souvient? Sans Tiago.

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21 juin 2018

Vers l'ombre

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Un soir au cinéma

cakemaker

Quand j'étais petit, j'aimais mettre les doigts. J'aimais mettre les doigts dans ce qui se laissait pétrir jusqu'à frémir. J'aimais mettre les doigts dans la boue et la sentir glisser sur ma peau. Gluante et visqueuse, elle formait de petits serpentins qui s'enroulaient dans la lumière encore humide. J'aimais mettre les doigts dans la pâte à tarte. Doucement j'enfonçais chaque phalange. Les renflements charnus caressaient les parois grasses qui laissaient s'échapper l'odeur du beurre. Seul dans la cuisine, je pétrissais la boule d'un jaune pâle. Je l'ouvrais en deux, l'étalais et y laissais ma marque.

C'est ainsi que je me suis retrouvé dans le hall à attendre Annie à qui, à son arrivée, je fis remarquer qu'elle avait une tâche de gras là. Quand la préposée aux billets m'indiqua avec professionnalisme et un charmant sourire que je devais me diriger vers la salle 4, il me fallut quelques secondes pour me rendre compte que c'était dans la salle 4 que je verrais "Cakemaker" de Ofir Raul Graizer. Je ne vais pas vous raconter l'histoire mais j'ose vous dire, allez-y. Après un démarrage un peu poussif, ce film nous plonge dans une histoire d'amour qui vous donne envie d'aimer et d'être aimé. L'amour, le désir, la sensualité, l'impossible, l'hésitation, les traditions, les contradictions, la découverte, la religion, l'absurde, la délivrance. Je pourrais vous parler de la scène de pétrissage en tous genres qui se déroule dans la cuisine (certains penseront au facteur sonne toujours deux fis version Jessica Lange), scène dans laquelle je me serais contenté d'être la farine, mais je m'en abstiendrai. Sachez que le réalisateur mêle nourriture et plaisir, ce qui m'a donné faim. A la sortie, j'aurais bien dévoré tout ce qui se présentait.
Voilà, c'est beau, prenant, ça donne envie, c'est la vie.

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19 juin 2018

Poutine et bien profond (2) ou déjà 4 ans qu'on samba les couilles

Alors que notre Vladimir indiquait avec force geste au prince héritier Mohamed Ben Salman qu'il était désolé (manifestement, il n'a pas l'habitude d'être désolé) que les russes en aient mis 5 au fond, je me demandais quel fut le premier match qu'il m'ait été donné de voir à la télé. M'est revenu à la mémoire une musique. Nous appelions ça la musique de l'Eurovision sans nous douter un seul instant quelle était extraite de l’œuvre d'un compositeur, en l’occurrence Marc-Antoine Charpentier. A l'époque où le noir et le blanc se partageaient l'écran, cette musique précédait les directs de sport et le journaliste, souvent Drucker, nous disait, après la formule de politesse, "ici en direct du stade de Wembley..." et là un frisson me parcourut en ce mois de mars 69 qui vit l'Angleterre en mettre cinq au fond à des français, victimes expiatoires comme il se doit. Leur virilité racornie entre les jambes, il ne leur restait plus qu'à retraverser la Manche en espérant gagner la suivante. C'était le temps béni de l'ORTF et des tubes cathodiques. C'était le temps où la télé se reposait la nuit. C'était le temps où Drucker pouvait nous dire qu'il était désolé que le ralenti ne fonctionne pas, le temps où la speakerine sourire aux lèvres nous annonçait que la liaison était coupée mais que les techniciens de Cognac-Jay faisaient tout leur possible pour la rétablir, en attendant nous vous proposons un interlude avec le petit train. Chouette alors.    

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17 juin 2018

Un soir parmi

Il y a des chansons que nous associons à des lieux, des évènements présents ou passés. Hier, alors que se profilait le début de soirée, m'est revenu en mémoire la chanson "Comme ils disent". Après avoir remonté la rue de la République en respirant les odeurs de toutes les cuisines du monde, s'offrit à mon regard la place de l'Hôtel de Ville parsemée d'arcs en ciel et de mélanges en tous genres. Me mélangeant faute de mieux avec moi-même, j'arpentai le parvis où se retrouvaient notamment les participants à la Gay Pride. Je fis d'abord le tour des stands. Ceci fait, j'en conclus que si la chair n'est pas forcément triste (il reste des livres à lire), elle est contaminante. Puis, je l'avoue, le temps d'errer ici et là, je me transformai en voyeur, avec curiosité et probablement dans les yeux une lueur d'admiration. Je me permis, avec autorisation, quelques photos des expressions vestimentaires qui traduisaient un choix. Puis vint le show. Je n'ai pas grand chose à en dire si ce n'est que la frontière est mince entre le grandiose et le pathétique. C'est ce qui nous rapproche. 

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15 juin 2018

Poutine et bien profond (1) ou déjà 4 ans qu'on samba les couilles

Alors que la FIFA nous expliquait que, pour 2026, trois c'est mieux qu'un, je me suis demandé, à la veille du premier jour, quand, pour la première fois, l'avais-je mise au fond. Au fond, on s'en fout, d'autant que je ne m'en souviens plus. Je ne sais même pas si cela me procura le moindre plaisir. Plonger ainsi dans les souvenirs, c'est s'exposer au contre de la mémoire. Reviennent à la surface des gestes peu glorieux comme ce jour où je fus la victime d'un petit pont qui n'avait rien de bois et de la risée des trois glandus accoudés derrière la main courante. Un ballon qui vous passe entre les jambes vous arrache votre virilité. Alors que votre adversaire, par votre faute, muni du ballon et d'une moue moqueuse s'enfonce au cœur de la défense, vous n'êtes plus qu'une ombre encombrante. Histoire d'essayer de rattraper le coup, vous courez après celui qui vous a mis la honte mais personne n'est dupe. Surtout pas vous. Il ira jusqu'au bout. Reste à espérer qu'il ne la mette pas au fond.    

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Un soir au concert

Hier soir, il y avait du Verlaine au Havre. Mais avant cela et comme prévu, nous sommes partis non sans avoir préalablement admonesté un jeune punk en devenir prompt à remettre en cause l'autorité professorale à coup d'ostentatoires et répétées provocations à l'instar d'un dénommé Just-Carl. Et son papa finit par lui chanter sa désormais célèbre chanson "Si t'es pas sage, j'te jette dans l'Tage". Puis nous avons roulé jusqu'au rivage au jusant troublé de loin en loin par quelques porte-containers aux cargaisons angulaires. Munis de guitares et autres accessoires aux destinations incertaines, nous nous apprêtions à rejoindre le lieu du concert du jour quand nous vîmes apparaître le producteur juché sur un vélo dont il usait des pédales avec souplesse et nonchalance. Remis de notre surprise nous pénétrâmes dans l'Abri côtier. A chaque fois, je ne peux m'empêcher de penser au fruit et me reviens en mémoire la pénombre des fins d'après-midi estivales. Toujours est-il qu'après quelques bières et des nouvelles de la scène locale, commença le concert. D'ailleurs, peut-on (petit) qualifier cela de concert. Sans en dévaloriser la valeur, prestation à caractère musical serait plus approprié. Il faut en effet savoir que personne, absolument personne (sauf moi) ne vient à l'Abri côtier pour écouter de la musique. La musique à l'Abri côtier, c'est un peu comme le paysage quand on voyage de nuit. On sait qu'il est là quelque part mais on s'en fout.
Donc , la prestation finit par commencer. Vous allez dire quoi encore Jorge P et et son neveu et pourquoi pas toute la smala de Braga tant qu'on y est? Et voilà Verlaine. Dieu sait que j'en ai vu des prestations de ces deux là et plus souvent qu'à mon tour. Eh bien, hier soir, sans que cela soit totalement différent de d'habitude, j'ai dû assister à leur meilleur set. Deux guitares, une voix, un micro et un ampli. Nous avons eu le quinté dans l'ordre. Un son qui permettait de distinguer les trois instruments à cordes vocales ou pas et les solos qui vont avec. Rien de trop. Une élégante sobriété. Comme chez Jacques Martin, j'aurais mis un 10, un vrai 10.

Et encore bravo.

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14 juin 2018

Un soir au cinéma

visages

 

Je me souviens du temps loin de tout. Perdu entre deux routes. Même à l'écart des itinéraires bis. Sur la carte, le géographe n'avait pas trop su quoi mettre. Un peu de vert. Un peu de blancs où s'estompait une route dont il n'avait pas vérifié l'existence. Le temps s'écoulait mais ce n'était pas le même qu'ailleurs. Les regards regardaient le soleil pour savoir s'il était temps de rentrer. Leur parvenait parfois par courrier des nouvelles de là-haut. Il arrivait même qu'un homme sombre de la tête aux pieds viennent frapper à leur porte. C'est du moins ce que racontaient des anciens. On les appelait ainsi à cause de leurs rides profondes.
C'est ainsi que, la barbe encore rêche, je me suis retrouvé dans le hall où Annie, voulant préserver sa peau fragile, s'est contentée d'un signe de la main maladroit à mon adresse. Salle 1 m'a indiqué la jeune fille à la caisse (qui n'a rien à voir avec celle à la perle). Et c'est majestueusement que j'ai gravi le grand escalier. Et je me suis retrouvé au milieu des vieux, toujours en butte à la modernité.
- C'est toi qui m'a appelée?
- Non c'est pas moi.
- Tu es sûre?
- je sais quand même si je t'ai appelée ou pas.
- Ah, je croyais que c'était toi. Remarque, j'aurais dû m'en douter. Si ça avait été toi, tu aurais insisté.
- Comme on se voyait aujourd'hui, je ne vois pas pourquoi je t'aurais appelée.
- C'est ce que je me suis dit. Ça m'étonnerait que ce soit Gilberte.
- De toute façon je t'aurais laissé un message sur ta messagerie.
- Je sais mais je sais pas comment les écouter.
Et puis les premières images de Trois visages sont apparues. Sorte de chronique qui fait se rencontrer deux mondes. Une actrice célèbre accompagnée par le réalisateur du film et les villageois d'une bourgade à l'abri d'une vallée mais loin de tout. L'actrice, connue et reconnue en ce lieu reculé où parvient par les ondes le feuilleton dont elle est l'héroïne, est confrontée aux traditions, nécessairement ancestrales, qui régissent la vie quotidienne. La place et le rôle de chacun sont définis et semblent immuables. Sous une hospitalité qui semble naturelle et bienveillante, se dissimule le refus, le rejet de toute remise en cause de l'ordre établi.
Je ne suis pas convaincu qu'il fallait en faire un film.

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"Et je n'ai pas sommeil"

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12 juin 2018

Un soir au concert, voire plus (2)

Après être sorti(e)s de cette exposition de Willy Ronis, que je vous recommande encore plus chaudement, et être passé(e)s par le parc de Belleville que je découvrais, nous finîmes par nous retrouver devant le Bataclan. Après une fouille plutôt sommaire et une bière quelconque, nous nous installâmes devant la scène. Une première partie sans intérêt mais redoutable pour les oreilles. En deuxième partie Waxahatchee, une bonne surprise. Puis après les interminables changements de micros, les accordages de guitares, les découpages de morceaux de chaterton, les essais de micros et d'instruments à deux voire trois reprises, la distribution de serviettes, le collage des quatre setlist qui nécessitèrent autant d'allers-retours du roadie, apparut Courtney Barnett. Je l'avais découverte lors d'un concert où elle accompagnait Jen Cloher à la guitare et au 106. J'avais bien aimé sa prestation. Je m'étais dit puisqu'elle passe à Paris allons-y. Entre-temps, j'écoutais son nouveau disque qui dans l'ensemble me plut. Autant vous le dire tout de suite et contrairement au journaliste des Inrock et à Antony, j'ai été déçu. Pourquoi? Je n'ai pas retrouvé les mélodies du disque. Il est certain que la Courtney a de l'énergie, que sa guitare râpe les tympans, qu'elle ne ménage pas sa voix, qu'elle est à fond du début à la fin, qu'elle ne nous raconte pas sa vie entre chaque morceau mais elle joue comme si elle devait se débarrasser de quelque chose qu'en fin de set elle finit par piétiner.

Bon bah, je serais allé au Bataclan. 

Courtney Barnett Bataclan 2018

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