Objectif négatif

18 octobre 2021

Chapeau de fleur

L1150831 (2)

Posté par Kandide à 11:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]


15 octobre 2021

Chez Bouillon

2

Posté par Kandide à 08:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 juin 2021

C'est bien ça?

- Bonjour. Je vous en prie, asseyez-vous. Non, ici. Voilà, c'est mieux. Ça peut vous paraître pointilleux, mais c'est la procédure. N'y voyez rien de personnel. Si on ne respecte pas la procédure, c'est vite le bazar et on ne s'y retrouve pas. Je dis ça aussi pour vous. C'est dans votre intérêt. C'est comme dans la vie, il y a des règles et tout le monde est censé s'y conformer sinon ça tourne vite fait à la foire d'empoigne. Vous n'êtes pas d'accord?
Bon alors, entrons dans le vif du sujet. Si j'en crois ma collègue vous êtes ici pour déposer plainte. Si je vous demande de confirmer c'est qu'il arrive parfois que ce qui a été dit une première fois ne corresponde pas à ce qui est transmis dans un deuxième temps. De toute façon, c'est la procédure. Même si on peut trouver ça contraignant, personnellement je trouve que la procédure c'est rassurant et même par certains côtés, apaisant.
Bon, on est pas là pour parler des bienfaits de la procédure. C'est juste qu'il est important que toute personne qui pénètre dans nos locaux en soit informée. Personnellement, je trouve que c'est la moindre des choses. Ça évite les malentendus, les incompréhensions. C'est vrai, il faut que les choses soient bien claires dès le début. Prenez le code de la route. Et bien, si vous conduisez sans connaître par exemple la signification des panneaux, c'est l'accident assuré.
Bon allez, on s'y met, on n'a pas que ça à faire. Remarquez, vous pourriez me dire que nul n'est censé ignorer la loi. Et vous auriez raison. Mais bon, nous ici on est au service de nos concitoyens, alors le minimum que l'on puisse faire c'est de les informer. Et comme le dit notre chef, c'est un homme très humain, vous seriez surpris, ce qui va sans dire va mieux en le disant. Et puis on a parfois à faire avec des personnes de mauvaise foi. Donc, pour éviter les embrouilles comme disent les jeunes, nous préférons informer les justiciables. De toute façon, c'est la procédure.
Bon allez, entrons dans le vif du sujet. Remarquez, suivre la procédure, ça nous permet de nous concentrer sur l'essentiel. D'une certaine façon, on a l'esprit libéré. On n'a pas à se demander si on doit faire ceci où cela. Ça devient parfaitement naturel. Vous par exemple, si j'en crois mon collègue, vous êtes là pour porter plainte. Ça pourrait être autre chose, mais là, il se trouve que c'est pour une plainte. S'il n'y avait pas la procédure, on tergiverserait, on tournerait autour du pot. Résultat, vous ne seriez pas satisfaite et honnêtement pour tout vous dire moi non plus. On peut toujours se plaindre en disant que la procédure c'est lourd et je ne sais quoi encore. Peut-être, mais si on y réfléchit bien, c'est du gagnant-gagnant. Pour vous c'est rassurant et pour nous ça nous permet d'être complètement à votre écoute, d'être au plus près de vos préoccupations. Parce que si on réfléchit bien, ce qui est important, c'est l’empathie, la bienveillance. C'est ce qu'ils nous ont dit pendant le stage "De l'empathie  aux aveux."
Bon allez, venons en à vous. Non, parce que contrairement à ce qui se dit, nous suivons régulièrement des formations. Ce n'est pas uniquement du physique, du tir sur cible. Faut pas croire. Il y a des formation centrée sur le psychologique, l'accompagnement. Dans notre métier, il faut être sensible à l'autre, être capable d'analyser son langage corporel, déceler les non-dits, préserver sa sensibilité. Il faut que l'autre se sente écouté, compris, qu'il sente la bienveillance.
Bon allez, je parle, je parle. Vous allez finir par vous demander. Donc, si j'en crois mon collègue de l'accueil, ce sont souvent des stagiaires et pas forcément fute-fute, donc d'après lui vous êtes là pour porter plainte pour viol. C'est bien ça?   

Posté par Kandide à 08:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 mai 2021

Crissement

Je t'écris. Je t'écris un chuchotement. Je t'écris en vain. Dans l'ivresse du sang. Pour combler le vide. Je m'épanche. Les mots s'apaisent. Apparaissent au gré de l'effeuillage des pages. Détourne ta présence au travers dépassé. Un éternel instant d'oubli. Les restes d'un matin. Un brin de bleu. L'avant se découpe en fragments. J'ignorais que nous vivions l'avant. Serions-nous seuls à vivre l'après. Instant abrupte. Et la vie. Ah la vie. Mais quelle vie à la fin. La fin d'une vie. Quand chaque instant est une destination. Dans les allées crissantes. Pourquoi croirions-nous? L'absurdité déchire notre cœur. Perdu dans l'immensité d'un déchirement. Ton sourire nous apaise.

Posté par Kandide à 19:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 mai 2021

Trop c'est trop.

"Trop c'est trop" est une nouvelle plateforme d'information qui n'a pas pour vocation d'informer. Comme dirait mon ami Rocco c'est une sorte de fourre-tout qui héberge espagnoles comme tout autre étranger à lui-même. Voilà, bonne lecture.

Avec ou sans

Ce matin, alors que j'hésite à me lever sachant que personne ne m'attend, je me branche sur France Culture. Il est question de la pulsion. Bien que prenant la discussion en cours, j'identifie qu'il s'agit de pulsion sexuelle. Il me semble comprendre que la pulsion est essentiellement masculine. Et ensuite est abordé le sous-thème de l'alternative avec ou sans pénétration ? C'est à ce moment là qu'une intervenante déclare : « La pénétration a très souvent été remise en question dans la bouche des personnes que j'interrogeais ». Pour ce qui me concerne, le débat était clos et je retournais à mes petites affaires.

Posté par Kandide à 12:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 avril 2021

Trop c'est trop.

"Trop c'est trop" est une nouvelle plateforme d'information qui n'a pas pour vocation d'informer. Comme dirait mon ami Rocco c'est une sorte de fourre-tout qui héberge espagnoles comme tout autre étranger à lui-même. Voilà, bonne lecture.
Si petit?
Profitant de ma présence en Bretagne et plus précisément de ma villégiature dans un port, je me dis qu'il ne serait pas incongru d'acheter du poisson. Je me rends donc sur le marché en quête. Je flâne entre les étales, l'air de rien. J'aime bien offrir mon air de rien aux regards de la foule qui m'entoure. Manifestement le poissonnier n'avait pas prévu de me voir ce matin là. Il ne me sourit pas, probablement pour respecter une certaine distance. Je me focalise sur les filets. Je suis très filets (normal pour du poisson). Je lui indique du doigt mon choix. Il me demande s'il doit le couper en plusieurs morceaux. J'hésite. En règle général, je n'aime pas être face à une alternative. Je lui réponds non. Il emballe le filet. "J'ai de la belle queue de lotte" tente-t-il. En cette période de virilité vacillante je décline. Un peu dépité, il me lance, mesquine vengeance crois-je déceler, "Voici le petit paquet du monsieur". "Qu'en savez vous" rétorquai-je un peu vexé. "Voyez par vous-même, il tient dans ma main" me lança-t-il.

Posté par Kandide à 07:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 avril 2021

1980

Le matin, je descendais à la gare de New Street. Ensuite, je prenais le bus jusqu'à l'université Aston. Souvent le midi, j'allais me promener le long du canal. Le soir, il m'arrivait de passer par le centre ville avant de rentrer. Comme disait mon père, Birmingham n'était plus ce qu'elle avait été. Surtout depuis que le Birmingham FC se faisait régulièrement battre par ces "trous du cul" d'Aston Villa. Après chaque défaite lors du derby, il se jurait qu'il ne remettrait plus les pieds à Villa Park. A part ça, la ville avait bien changé. Elle était même en train de changer. L'élan industriel s'enlisait dans la crise. Si l'on écoutait Thatcher, il ne pouvait en être autrement. Les existences étaient jetées sur le trottoir. UB40 n'aurait pu se former ailleurs. Leurs concerts étaient gratuits pour les inemployés. En attendant, j'étais à la fac. En attendant quoi? Je ne savais pas trop. J'habitais chez mes parents, je me sentais à l'abri.
A l'époque, les rues de Birmingham ne faisaient que se croiser. Elles étaient abandonnées à leur sort. Les friches industrielles du nord semblaient avoir semé l'abandon jusqu'à Town Hall. Ce que les historiens appelaient encore la classe ouvrière, pour une bonne part, attendait chaque fin d'après-midi l'ouverture des pubs. Autant de lieux qui permettaient aux anciens mineurs et autres ouvriers, rebut d'une industrie en quête de survie, de se retrouver. Dès que vous poussiez la double porte, vous pouviez vous offrir l'oubli. Le verre cathédrale isolait de la rue. La moquette recouvrant le sol répandait une sensation de douceur. Les rires parfumés au houblon traversaient la lumière jaune pâle. J'y allais beaucoup moins depuis que j'avais ouvert mon magasin dans Temple Street. J'étais parti avant d'être jeté dans une des nombreuses charrettes de la sidérurgie. Le moment était venu de réaliser mon rêve, être disquaire. Installé dans un des nombreux locaux désertés du centre ville, j'avais appelé ma boutique "Temple Records".
Je suis la petite dernière de la famille. Née sur le tard, je suis la seule encore à la maison. Mes relations avec mes parents ne sont pas toujours simples, surtout avec mon père. Depuis l'arrivée de Thatcher au pouvoir, il en a après le monde entier. Souvent après être rentré du pub. Mais Il finit toujours par s'endormir dans son fauteuil en regardant Angela Rippon. Après la fac, je ne suis jamais pressée de rentrer. Un midi, à la sortie de l'amphi, un homme de couleur comme ils disent dans le Sun, distribuait des flyers qui informaient de l'ouverture d'un nouveau magasin de disques. Nous échangeâmes quelques mots. Il était tout sourire. Sans savoir si je le ferais, je lui promis de passer. Malgré le vent froid d'un mois de janvier qui s'étirait, je descendis en ville à pied. Les gens, les bâtiments, les rues, les perspectives des avenues, tout me semblait accepter le renoncement. Nous attendions.
Je laissais de la pub un peu partout histoire de ratisser large. Je lançais des invitations pour la soirée d'ouverture. Je cherchais des musiciens pour mettre de l'ambiance et pour m'introduire dans le milieu du rock local. Je passais mes soirées au Tunnel Club, au PST, au Golden Eagle pub
J'allais écouter les groupes répéter au Carbon Studio, au Dubwise Factory, au Final Mixing. Même si le boulot de fondeur était peu compatible avec les soirées prolongées je me demandais pourquoi je m'étais tenu à l'écart de l'atmosphère musicale si longtemps. Cette nouvelle vie faite de rencontres, de découvertes, de projets me rendait tout simplement heureux. Rien n'était fait mais la sensation de vivre ma vie me parcourait le cœur et le corps. Mais je dois avouer qu'un sentiment de culpabilité troublait mon enthousiasme. Pas suffisant pour gâcher mon plaisir mais... En quittant la fonderie, je ne faisais plus partie des ouvriers, de cette communauté qui offrait ce sentiment d'appartenance. D'une certaine façon, je rompais le lien avec mes grands-parents  débarqués à Birmingham pour participer à la reconstruction du royaume, avec mon père qui s'était brûlé les poumons au milieu des jets d'acier.
Ce n'est pas forcément ce que nous attendions mais l'ouverture de ce disquaire représentait un évènement. Un dérivatif. Un peu d'air. Un lieu de rencontre. Je finis par attendre cette ouverture avec impatience. Un soir, quelques jours avant son ouverture officielle, je fis un détour par Temple Street. Des morceaux de tissu bariolés recouvrant les vitres de la devanture, dissimulaient l'intérieur depuis la rue. Malgré le froid, la porte était ouverte. Je passais la tête. Il plaçait les pochettes dans des bacs en bois sur lesquels se mélangeaient le vert, le jaune et le noir. Il était seul. J'entrai. Il ne m'entendit pas. Des volutes de fumée blanche s'élevaient d'un cendrier. Au-dessus des disques rangés selon un ordre qui m'échappait encore, une banderole multicolore demandait "Gimme me Some lovin'". Devançant ma réserve naturelle, "je suis partante" dis-je en désignant les quatre mots.
Je me suis retourné. Elle se trouvait dans la lumière de l'entrée. Elle s'adressait bien à moi.  Ce n'était peut-être qu'une entrée en matière. Histoire de dire quelque chose. Il faudra patienter encore quelques jours, lui répondis-je. Je lui souris. Je me suis souvenu d'elle. On s'est vu à la fac, lui demandai-je. Elle confirma d'un sourire. Elle me posa des questions sur mon installation, sur mon passé, sur le style de musique que j'allais proposer. Elle voulut savoir si je maintenais la date d'ouverture initiale, ce que je lui confirmai. Elle viendrait avec des amis. Elle me quitta d'un signe de la main. Elle devait prendre son train. Elle n'était restée que quelques minutes. Son parfum prolongea sa présence. J'avais envie de la revoir. Elle me plaisait. Oui, c'est ça, elle me plaisait. Revoir son visage, entendre sa voix. Comme ça, sans intention particulière. Ressentir le simple plaisir d'être avec une femme. J'aimais parfois être libéré du désir. Bien sûr, sa voix, son allure, son sourire avaient éveillé mon intérêt. J'allais faire le nécessaire pour que ces quelques minutes en sa compagnie se prolongent un autre jour, un autre soir.
En rentrant, je me suis sentie légère. A son grand étonnement, j'embrassai mon père sur les deux joues. Un nouveau magasin de disques allait ouvrir dans le centre de Birmingham. Encore du ska, du reggae avec leurs pétards ou ces gonzesses de Duran Duran. Mon père était un fan absolu de Tom Jones et pas insensible au hard-rock, si ce n'est qu'il ne fallait plus lui parler de Black Sabbath depuis qu'Ozzy avait été évincé. Pour lui, pour faire du rock, fallait être un bonhomme, un mec qui en avait. Je ne parlais jamais musique avec lui. Ma mère aimait discrètement Elton John. Je suis passée plusieurs fois au magasin avant son ouverture officielle. Je me disais que c'était idiot, que ça faisait la fille qui s'incruste mais il occupait mes pensées. Et puis lorsque je passais il était toujours seul. Et c'est lui qui a pris l'initiative de me faire la bise. Pourquoi aurais-je refusé? Ça devait bien signifier quelque chose.
Plusieurs groupes étaient partants pour participer à la soirée d'ouverture. A propos d'ouverture, je m'étais dit qu'il était préférable de ne pas me spécialiser. Les bacs proposeraient de Dexys Midnight Runners à Elvis Costello en passant par Bob Marley, The Clash et autres John Lennon. Compte tenu de mes origines, on se serait attendu à la glorification du ganja, à ce que s'étale sur les murs les mantra du rastafari. Je n'avais pas envie que ma boutique soit une succursale de la Jamaïque et des clichés qui l'accompagnaient. Elle passait maintenant tous les soirs. Elle m'aida à préparer l'inauguration. Elle restait de plus en plus longtemps. Je restais amicalement à distance. Un soir, imitant parfaitement celle qui n'a  pas vu l'heure passer, elle mima le désespoir en m'annonçant qu'il était trop tard pour qu'elle puisse attraper le dernier train. Quelques secondes passèrent et elle éclata de rire. Après avoir fait semblant de vouloir dormir dans la boutique, il ne me fut pas difficile de la convaincre de passer la nuit chez moi. Elle devait prévenir ses parents. Nous fîmes un détour par un pub pour qu'elle puisse téléphoner.
J'ai prévenu mes parents que je dormais chez une amie. Nous avons bu des bières, mangé des chips au vinaigre. Nous avons ri. Je ne me souviens plus de quoi nous avons parlé. Lui m'a surtout regardée. Quand la cloche a sonné nous avons pris un dernier verre. Comme tous les pubs ne fermaient pas à la même heure, nous avons fait le tour des autres. La dernière pinte bue, nous avons marché dans une nuit de brume jusqu'à la cabane de fish and chips. Nous avions envie de gras. Nos doigts brillaient dans la lumière de la devanture. La bouche pleine, j'essayais de lui dire que j'étais heureuse. Je me contentais de lui sourire. Il plongeait ses doigts dans le cornet de papier journal. Avec les taches grasses disparaissaient les mots. Nous avions faim. Nous dévorions le poisson. Nos dents perçaient la surface croustillante pour atteindre ensuite la chair blanche et fondante. L'odeur chaude avait attiré d'autres couples.
Comme si la nuit avait partagé son énergie, son envie d'illuminer, nous ne tenions pas en place. Je connaissais le patron du fish and chips. Batteur dans un groupe de reprises qui répondait au nom Beggar's Christ, il devait participer à l'inauguration. A ma demande, il passa Brass in pocket des Pretenders. N'attendant pas qu'elle termine ses frites, je l'enlaçai et nous dansâmes. Les autres couples nous imitèrent. Sans nous préoccuper du rythme, nous tournions en nous éloignant de la lumière blanche des néons. Nous serions restés dans les bras l'un de l'autre si le froid ne nous avait contraints à rechercher la chaleur d'un abri. Je lui proposai mon appartement. Allons-y, je suis frigorifiée me répondit-elle. Après nous être réchauffés avec un thé, nous avions beau parler et rire, une certaine gêne persistait. Une réserve qui échappait à notre volonté, qui s'interposait entre nos désirs.
J'avoue qu'après cette soirée, j'avais de plus en plus de mal à rentrer le soir chez mes parents. Je ne pouvais pas utiliser l'excuse du dernier train tous les jours. Ni celle du travail avec une copine. Un sourire moqueur d'une commissure à l'autre, "Alors, fructueux ce travail avec la copine" prenait plaisir à me demander ma mère. Mon père quant à lui proposait que ce soit la copine qui vienne de temps en temps. Ce serait plus correct, ajoutait-il. Après l'inauguration du magasin qui se prolongea tout au long de la nuit, les groupes jouant et rejouant ², je le revis chaque jour. Pour quelques minutes, pour quelques heures, pour toujours, espérais-je. L'amour précipita nos vies. Après lui avoir annoncé, il embrassa mon ventre encore sans relief. Il ne me restait plus qu'à en faire part à mes parents. Ma mère me prit dans ses bras. Mon père, restant assis dans son fauteuil. "Je me souviendrai de ce 8 décembre 1980. Je vais être grand-père et John Lennon est mort. Alors "Starting over"."
 

Posté par Kandide à 19:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 mars 2021

En corps

Il ne se passe rien. Aucun accessoire indispensable ne manque. Le ciel propose un bleu "pictrurale"ma. L'horizon ne recule devant rien. Même si le soleil brille par son absence, il laisse deviner sa prochaine apparition. Un peu plus bas, les yeux discernent le lointain. Ses couleurs vibrent et se mêlent dans la chaleur qui naît. Plus près, le vert se balance dans le vent parfumé. Le bruissement comme un sous-titre. Avec les oiseaux s'envolent les envies de la veille. Il reste peu de chose de la nuit. Demeure celle de ne rien faire. J'ai fini par fermer les yeux. Avec discrétion le temps passe. Ta main tente. Tente de raviver les nuances. Plus tard, se dissimuler à l'ombre de l'ombre ne suffira pas. Empreints d'une lasse tristesse, tes doigts persistent. Je laisse la paresse pareille à l'éveil oublié. Lentement, tes phalanges se pressent le long. Le dernier instant de ma neutralité. Je pourrais sourire. Tu aimes assister à la naissance d'un désir. Quitte à y contribuer. La première lumière transperce la quiétude. Par jeu, ta paume comme un sarment s'enroule. Un oiseau passe d'une branche à l'autre. J'attends que le temps se détende. Les pensées me délaissent. Tu m'insuffle. Lentement les battements s'étendent. Bientôt ton souffle suffira. Le jardin nous entoure. Un peu plus loin, il disparaît dans un abrupt d'où montent les vibrations d'un torrent. L'impatience me parcourt. Ton immobilité soudaine me vrille. La promesse va s'échapper. Quelques secondes encore. Quelques mots de ta bouche qui s'approche. Peut-être est-il encore tôt. Je peux attendre. Tu me le suggères. Plus tard. Tu m'apaiseras.Tu t'éloignes. Rien ne te retient.

Posté par Kandide à 11:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 mars 2021

Sans plus attendre

D'où vient le temps qui passe? Où disparait-il? Pourquoi prend-il la fuite? Il finit par nous emporter. Il se dépose sur notre visage. D'abord une caresse anodine, bienveillante. Un jour, de presque rien en pas grand-chose, il finit par creuser les rides. Elles ressemblent aux lits de fleuves engloutis, disparus dans le sable brûlant de notre vieillesse. Notre peau est un parchemin proche de la poussière. Le temps a le temps. Pour nous arrive le jour où il n'est plus temps. En secret, nous nous disions qu'il ne viendrait jamais. Qu'il passerait peut-être à proximité. Pour quelqu'un d'autre. Pourtant, il est là. Pour nous. Il nous enveloppe. Nous devinons son impatience des derniers instants. Il n'a pas tout son temps. Nous le savons. C'est quand il veut. Le temps qui nous était imparti. Encore quelques grains de sable. Le soleil se lève une dernière fois. Pourtant, notre cœur bat comme si de rien n'était. Il fait comme si. Tous le savent. Notre cœur, notre sang, nos muscles, notre souffle, nos yeux, peut-être même notre âme. Nous sommes les seuls à ne pas le voir, à ne pas le sentir. Ce point qui est notre conscience, quelque part dans notre cerveau, ignore tout.. Nous sommes ce point où s'entassent notre intelligence, notre amour, notre tendresse. Tout ce qui permet de croire que nous pourrons échapper à l'inéluctable, que nous pourrons prolonger. Au mieux pourrons nous compter sur la mémoire, la mémoire des autres. Jusqu'au jour où une dernière pelletée d'oubli scellera notre mort définitive. Nous serons des anonymes sur des photos. "Tu sais qui c'est lui?" "Je me demande si ce n'est pas... Paraît qu'il était rigolo". "Tu fais quoi demain?". Des histoires ne seront plus jamais racontées. Dans une terre craquelée, des fleurs desséchées aux pétales dispersées par le vent attendront une attention. Nous n'auront plus droit à la moindre larme. Nous ne serons plus mort. Nous n'aurons jamais existé. Alors, vivons. Maintenant. Tout de suite. Sans attendre. Sans coup férir.

Posté par Kandide à 19:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 janvier 2021

Vie et âme

 
Trois ans ailleurs. Trois ans de sueur et de peur. Trois ans engloutis dans les rizières. Trois ans disparus dans la jungle. Trois ans évanouis dans la fumée. Trois ans consumés dans le napalm. Il me reste le vacarme, le suintement des plaies, les hurlements, l'hébétude, l'âme meurtrie, le corps amoindri. Trois ans sans âmes. Trois ans parsemés d'étreintes contraintes. Et puis, dans le bruit des moteurs, le retour du Vietnam vers un monde qui ne m'a pas attendu, vers un monde qui n'est plus le mien. Un monde pour qui je ne suis même pas un étranger, mais une gêne, la scorie  d'une histoire qui n'est pas la sienne. Alors que la mienne était mort-née, la jeunesse, à l'abri des frontières et des illusions manifestait au milieu des symboles et des slogans. Malgré tout, j'avais choisi New-York pour me réfugier. La ville m'aiderait peut-être à me fondre dans le mouvement. En cette fin d'été, à chaque jour sa manifestation, son sit-in, sa distribution de tracts aux illustrations comme des réminiscences d'art primaire. Ce pacifisme m'agressait. 
 
Alors que la manifestation traversait Harlem pour rejoindre Manhattan, je l'ai remarqué dans sa veste de treillis. La veille, après les cours, nous nous étions retrouvés à Central Park pour confectionner les banderoles. Nous en changions à chaque rassemblement pour exiger l'arrêt des hostilités et du massacre du peuple vietnamien. Toutes les facs étaient mobilisées. Nous ne doutions pas de contraindre Nixon à retirer nos soldats du bourbier de la péninsule indochinoise. J'ai vu en lui un ancien combattant qui nous apportait son soutien. Nous avions besoin des soldats revenus de l'enfer pour donner davantage de crédibilité à notre combat. Je me suis approchée de lui. Je ne savais pas comment entamer la conversation. Mon idée était qu'il se mêle au cortège et pourquoi pas qu'il brandisse une pancarte. Après avoir engagé la conversation, j'ai senti chez lui une certaine animosité amoindrie par une voix usée par des frayeurs passées. J'ai rapidement abandonné l'idée de le rallier à notre cause. Mais il me plaisait. A l'époque, papillon, je butinais. J'avais fait le tour des éphèbes et autres théoriciens en tous genres. Je ressentais le besoin d'un vrai corps. Lui n'avait pas l'intention de séduire. Assez maladroitement sur mon t-shirt était écrit "Power to the people".
 
 
Avec sa bonne humeur insupportable, sa voix minaudante et son slogan à l'esthétisme révolutionnaire issu de l'Upper West Side, elle crut bon de me parler. Comme elle insistait et que je ressentais ce besoin d'une autre peau, nous avons fini par parler de musique, nous éloignant ainsi de l'ambiance environnante. La manifestation touchant à sa fin, elle me proposa de la retrouver le soir même au Mercer Arts Center où devaient se produire les New York Dolls. Un groupe qui achevait un cycle de pourrissement de la jeunesse américaine. Mais comme elle avait exhumé le désir qui reposait en moi, j'acceptai cette perspective. C'est ainsi qu'elle disparut dans la foule. Je ressentis à nouveau cette sensation de solitude. Moi qui croyais avoir définitivement rompu avec le genre humain, il avait suffi que j'éveille l'intérêt de quelqu'une pour que l'envie de renouer avec mes semblables resurgisse. Je me découvrais impatient d'écouter les New York Dolls. Ne restait plus qu'à trouver l'adresse.
 
Même s'il n'en donnait pas l'impression, il ne faisait aucun doute qu'il m'avait dit oui pour me faire plaisir. Entrée au MAC, je l'attendis sans l'attendre mais en espérant qu'il viendrait. Même brève, notre rencontre m'avait extraite de mon monde. Ce pouvait n'être qu'une parenthèse. Je voulais attendre un peu avant qu'elle ne se referme. Après une courte prestation des Stooges, j'attendais aussi la prestation des Dolls. Iggy, se contorsionnant autant que le fil de son micro, comme d'habitude, nous offrit son torse. J'aimais le voir se donner, offrir son corps en s'élançant du haut de la scène. Pour autant, cette nudité partielle ne me donnait pas envie d'en voir davantage. Installée au bar, j'attendais. Il apparut au fond de la salle. Il me cherchait du regard. J'agitai la main. D'un signe de tête, il me signifia qu'il m'avait vue. Le bruit ambiant nous empêchait de nous entendre. Nous nous sommes souris. Timidement. Après trois titres des New York Dolls, il me signifia son ennui et me proposa de partir. Il était venu pour moi, tentai-je de me persuader.
 
Arrivés sur le trottoir, elle m'a saisi la main et m'a entraîné dans la nuit. Même si je n'étais encore que spectateur, je retrouvais la vie nocturne,  libéré de la méfiance, du qui-vive. Cette main qui me guidait me rassurait. Je ne pris pas la peine de lui demander notre destination. Dans Harlem, nous nous retrouvâmes devant l'entrée du Magic Tramps, considérée comme le temple de la soul, une des rampes de lancement de la Motown. Nous entrâmes sans difficulté. Caressés par la voix de Marvin Gaye, nous nous sommes enlacés sur la piste de danse. Abandonnant toute retenue, elle se serra contre moi. Mon désir ne pouvait lui échapper. Je ne ressentais aucune gêne. Avec elle, je pouvais me débarrasser de toute pudeur. Tout comme moi, je sentais qu'elle voulait attendre. Nous ne bougions pratiquement plus. Elle laissa mes mains parcourir son corps. Elle posa sa tête sur mon épaule et déposa ses lèvres dans mon cou. Sa douceur, sa tendresse me parcoururent. J'étais prêt de me liquéfier. J'aurais pu me contenter ce cette étreinte, de ces prémices. Je m'éloignais du bord.Les ondes étaient encore ténues.
 
Si je m'étais écoutée, au milieu des autres couples, j'aurais guidé sa main pour qu'elle se glisse dans l'échancrure de ma robe. Je l'imaginais, annonciatrice, se frayant un chemin entre mes cuisses. Comme s'il pouvait deviner mes pensées, ses deux mains se crispèrent sur mes fesses. De surprise, mes hanches s'encastrèrent entre les siennes. Je commençais à me frotter contre lui, contre cette vigueur que je voulais saisir. Allait-il me soulever et me prendre là, sur le rythme lascif de Sexual Healing. "Baby I'm just hot like an oven. I need some lovin" . Bien qu'excitée par cette perspective, je lui suggérai que nous allions ailleurs. L'envie me submergeait. Un taxi nous a emmenés jusqu'à Rockaway Beach. Quelques surfeurs buvaient une bière autour d'un feu. Dans la lumière vacillante, nous avons laissé les vagues recouvrir nos pieds nus. Nous avons marché dans le bruit de la marée montante. Corolle froissée et humide, ma robe ma robe a glissé dans l'eau, épousant l'ondulation du courant. Nous étions loin. Loin de tout. Près de nous laisser porter. Les dernières lueurs prolongeaient les ombres. Je découvris les cicatrices qui parsemaient son corps.
 
Je m'offrais à son regard tel que j'étais. Même si la lumière se diluait dans la nuit, elle pouvait me voir, choisir l'endroit où poser ses lèvres. Sa langue me fit frissonner. Je lui caressais les cheveux. Mes doigts s'enfonçaient jusqu'au cuir chevelu. Je ne serais bientôt plus qu'un corps avide et impatient qui m'échapperait. Au dernier moment, elle se recula, leva les yeux et me regarda. Son sourire signifiait qu'elle pouvait ne laisser là entre vibrations et frustration. Elle se releva et me poussa au sol. De ses seins elle me caressa le visage. Elle passa une main sous la nuque et releva mon visage jusqu'à sa poitrine.
 
Il pris chacun de mes seins dans sa bouche. Le combattant redevenait un petit enfant. Et comme perdant patience, il me pénétra d'un seul mouvement des reins. Plus tard, je me réveillai. Le soleil chassait les dernières ombres. Je regardai autour de moi. L'océan avait repoussé ses vêtements. Il avait disparu.

Posté par Kandide à 18:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]