Objectif négatif

19 octobre 2020

J'aurais tant aimé

Toutes ces années oublieuses. Toutes ces années dévoreuses. Toutes ces années haineuses. Toutes ces années honteuses. Toutes ces années peureuses. Toutes ces années lépreuses. Toutes ces années frileuses. Toutes ces années tueuses. Toutes ces années odieuses. Toutes ces années houleuses. Toutes ces années douteuses. toutes ces années visqueuses. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois heureuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois rêveuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois flâneuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois rieuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois généreuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois glorieuse. J'aurais pourtant tant aimé que tu sois amoureuse.

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Vraiment?

court

La chambre est plongée dans l'ombre. La chaleur tente de forcer le passage derrière les volets. Adrien vient de partir. De tous ceux que j'ai essayés, il est le seul à me faire jouir et à me faire rire. Parfois en même temps. Juste avant que je ne lui déchire le dos, il lui arrive de me chatouiller. Les premières fois, il m'a fait perdre le fil. Quand je vais jouir, ça vient de loin. Comme si  mes cellules se mettaient à vibrer. D'abord imperceptiblement. Puis de plus en plus fort jusqu'à l'explosion. Les premières vibrations sont fragiles. Un rien, une infime perturbation et elles se rendorment. Alors une chatouille! Il doit alors recommencer depuis début. Maintenant que je parviens à jouir et rire en même temps on a l'impression qu'il y a une hyène essoufflée dans la chambre.
Adrien ne faisait pas partie de mes favoris au lycée. Je ne le connaissais pratiquement que de vue. Il n'était qu'un des électrons qui gravitaient dans mon champ magnétique mais il ne m'attirait pas particulièrement. Je n'avais jamais surpris son regard sur moi. C'est au cours d'une soirée que le rapprochement a eu lieu. Une de ces soirées où tout semble se traîner. Parmi les esseulés, il était le seul épargné par cette tiédeur rance, par les ricanements obscènes de ceux qui n'osent pas. Je lui ai pris la main et nous avons passé la fin de la soirée ensemble. Il m'a surtout fait rire. Depuis, je l'appelle quand j'ai envie mais la flemme de prospecter. Ce que j'apprécie aussi chez Adrien, c'est qu'il n'est pas sentimental pour deux sous. Et puis, techniquement parlant si je puis dire, il n'est pas un acharné de la pénétration. En revanche, il est souple de la phalange et sa langue vaut largement tous les glands du monde. Il prends toujours soin de bien se couper les ongles. Même s'il ne prend pas le lit pour une salle de sport, souvent nous nous endormons après. Oui, tous les deux.
Si je me réveille avant lui, j'aime regarder son corps nu. Selon mon humeur, je joue avec son sexe. Il repose modestement entre ses cuisses. Comme une autre origine qui serait toute de retenue. Je m'en approche et je souffle dessus. Parfois cela suffit pour que par à-coups il se redresse. S'il demeure apathique, je le caresse du bout du doigt. L'effet est immédiat. En quelques secondes, il est près pour l'offensive. Il frémit alors que ses veines deviennent plus foncées. D'humeur joueuse, je peux le gratifier de quelques coup de langue. Je regarde son propriétaire. Je suis sûre qu'il est réveillé.
A l'abri du chêne, le soleil glisse lentement de branche en branche. La chaleur se fait moins pressante. Version féminine de l'homme de Vitruve, allongée sur le lit, j'attends la première brise du soir. Celle qui me fera frissonner et sortir de ma léthargie. Le drap couvre mes jambes. J'élague un peu sur les côtés mais je ne me rase jamais le triangle. J'aime sentir les poils frisés sous mes doigts. Sans vouloir ressembler à une ancêtre, j'apprécie la dissimulation. Et comme le dit ma belle- sœur sage-femme, raser sa toison n'est pas d'or car cette dernière est un rempart contre tout ce qui traîne. Voilà pour l'aspect gynécologique. Oui, j'avoue, je me suis rasée complètement une fois pour voir. Je n'ai pas aimé ce que j'ai vu et puis quand ça repousse, ça pique. C'est on ne peut plus désagréable. Pour tout le monde. Alors je laisse tel quel.
Après l'amour, je me sens légère. Souvent, j’emmène cette légèreté au travers des rues. Je marche, foule les trottoirs. Je prolonge ma liberté. Mais, sont-ce les regards, il arrive que cette liberté certains jours soit plus lourde à porter.  L'habillement demeure constamment à conquérir. Dans ce domaine, exclusivement pour les filles, il existe des standards, fixés par on ne sait qui, brandis comme des étendards par certains. Il est question de pudeur, de respect, de convenances, de ne pas provoquer. A l'évidence, l'habit ferait le moine, du moins l'idée que l'on se fait du moine. Parfois le moine bande sous sa bure.
C'est ainsi qu'un matin, dans la douceur toute engageante  d'un mois de mai, je pus prendre à nouveau toute la mesure du phénomène. Quelques semaines plus tôt, j'avais fait l'acquisition de nouveaux vêtements. En matière vestimentaire, je n'ai pas de style particulier. Je les mélange, ainsi que les couleurs. J'étais impatiente de voir la colonne d'alcool remonter. Ce qui arriva en ce jour.
En dehors des hommes, je fréquente aussi les musées. Ce matin là je me présentai à l'entrée de l'un d'eux. Le préposé me regarda. Je lui fis part de mon intention d'entrer pour une visite. Oui, cela était une évidence, mais je sentis que je me devais d'affirmer cette intention. Bien que n'ayant pas l'âme belliqueuse, je devinais que j'allais devoir faire face à un rapport de force. Le guichetier à qui je présentai ma carte bleue me fit savoir que je ne pouvais entrer comme cela. Comme cela. Je lui demandai ce qui se dissimulait derrière ce "comme cela". Gardant le silence, il pointa son index en direction de mon buste. Je lui répondis par un regard interrogateur. Je ne devais pas faire semblant de ne pas comprendre, me dit-il. "Faire semblant". Ça me ressemble si peu. Je n'ai même jamais simulé. Peut-être pour se donner davantage de légitimité, d'autorité, son doigt descendit jusqu'à hauteur de mes cuisses qu'il accompagna d'un "et ça aussi". Bien malgré moi, je baissai les yeux. Je vis mes cuisses. Du moins une partie. La partie inférieure. Reliant mon décolleté à ma courte jupe, je compris où il voulait en venir mais je souhaitais une explication de sa part pour qu'il pose des mots sur ses gestes péremptoires. Je lui proposai donc d'utiliser sa langue pour que sans ambiguïté il m'expose la raison pour laquelle il m'interdisait l'entrée, l'accès à la culture, à tous ces corps dénudés peints ou sculptés. Il me répondit que c'était le règlement, que c'était une question de respect. Le respect de qui, le respect de quoi? Excédé il me lança de toute façon c'est comme ça, vous ne pourrez pas entrer. C'est un peu court lui répondis-je.   

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30 juillet 2020

A la croisée

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29 juillet 2020

Même pas à la folie

Quand même, elle même de même. Indifférente, du pareil au même. Quand bien même le temps aura passé, les baisers s'entremêlent. Des langues étrangères dans les franges errent. Ici même ou ailleurs. Celle-là même, crème des crimes, qui fut la prunelle de mes cieux. Sur le chemin du mac à dames. Parmi les bras en croix. Faut-il que je t'aime, tout de même.

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08 juillet 2020

Donc

- Donc...
Nous étions assis l'un en face de l'autre. Un bureau nous séparait. Il regardait ses deux doigts sauter d'une touche à l'autre. Jetait  un œil à l'écran. C'est ce "donc" qui a donné naissance à mon exaspération. Jusque là, j'étais... Je ne saurais pas dire ce que j'étais. Peut-être rien. Ou personne. C'est ça, je n'étais pas loin d'être personne. Il me posait des questions. Je répondais. Je ne répondais pas. On appelle ça la confusion.
-Donc, si j'ai bien compris...
J'ai choisi exaspération mais c'était peut-être autre chose. Un autre mot. Ou aucun mot. Les mots sont de petites, de minuscules choses fragiles. Parfois ambigus. Ils ne sont pas avares de nuances. Ce sont d'autres couleurs. Un même mot peut être compris, interprété différemment. Il sont en équilibre sur un fil. Prêts à tomber. Prêts à vous briser, prêts à vous trahir. Je pleurais. Je reniflais. N'était-ce pas suffisant. Largement suffisant. Que pouvait-il avoir compris? Y avait-il quelque chose à comprendre? Il avait besoin de mots sur son écran. Le silence et l'oubli.
-Donc, si j'ai bien compris, vous étiez seule...
J'ai envie d'être seule. Loin de tout. Loin de lui. Loin de moi. Loin de ce corps. C'est ça qu'ils veulent? Je leur laisse, je leur abandonne. Qu'ils en fassent ce qu'ils veulent. De toute façon, si j'ai bien compris, il leur appartient. Mais qu'ils me laissent tranquille. Me taire. Me terrer. Plus un mot. Je ferme les yeux. Des bruits de pas. Des voix. Des portes qui s'ouvrent et se ferment. M'échapper. Il me regarde. Dans ses yeux je lis "Alors?". Je dois témoigner. Témoigner de quoi? De ma souffrance? De mon désespoir? De ma faiblesse? De mon anéantissement?
-Donc, si j'ai bien compris, vous étiez seule dans la rue alors que...
Je sens qu'il veut me dire quelque chose mais qu'il préférerait que ce soit moi qui le dise. Oui, j'étais seule. J'allais te rejoindre. Tu m'avais laissé un mot. Qui brillait sur la porte. Écrit avec mon vernis à ongle. Rouge. Comme tes lèvres. Comme ton amour. "Mon Amour 21h où tu veux". Tu aimes m'écrire. J'aime te lire. Parfois, un roman. Parfois, un mot. Notre vie dans un mot. Un seul. Toi, moi. A l'abri dans l'immensité d'un mot. Oui, j'étais seule et j'allais te rejoindre.
-Donc, si j'ai bien compris, vous étiez seule dans la rue alors qu'il était près de 21h et...
Tu m'aurais pris dans tes bras. Tu m'aurais serrée fort. Tu me serres toujours fort. Pour que nos cœurs se confondent. Suit un silence. Nous évitons les mots. Dans l'instant nous nous aventurons. Tu m'aurais embrassée. De ton regard. De tes lèvres. De ton corps. De ton désir. Je t'aurais souri. J'aime te sourire. Pour tout te dire. Pour t'apaiser. Pour que tu oublies. Pour que tu sois là, tout entier, avec moi, seulement moi. Je veux que tu sois à moi. Rien qu'à moi. 
-Donc, si j'ai bien compris, vous étiez seule dans la rue alors qu'il était près de 21h et qu'il faisait nuit.
Ce qu'il faisait. Ce que je faisais. Je marchais vers toi. Je pensais à toi. J'avais l'impression de déjà te voir. Je retardais mon impatience. Nous avions notre temps. Je savais que tu m'attendais. Comme souvent, en rêvassant. Parti ailleurs. Peut-être à ma rencontre. Je t'aurais vu par la vitre du café. J'aime t'observer. A ton insu. Je sais que quelque chose de toi m'échappe. Ce quelque chose que tu ne partages pas, qui nous rend éphémères. Ce quelque chose que tu devineras en me serrant fort dans tes bras Qui peut-être nous éloignera.
-C'est bien ça?

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29 juin 2020

Turlututu

Je finirai dans un linceul
Parmi les autres seuls
Loin de ceux qui veulent
Loin de tous ces veules
Encore je te mensonge
Quand le désir s'allonge
Au plus haut des yeux
Près de l'arbre noueux
Ils discordent de pendus
Sur la branche vermoulues
L'émolument et confus
Ils trébuchent déchus
Mais je t'aime ému
Sur l'équivoque distendue
Garde-moi par-delà l'élu
Avec tes mots jamais lus

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28 juin 2020

Comme toi

Qu'importe ce qu'emporte le vent. C'est ainsi que lassée sous un  amoncellement délavé de pierres émoussées j'ai fait une croix. La main tendue, j'ai cueilli ta fleur de peau. Comme quoi. Comme toi. Tombé de  la nuit pour m'apaiser d'un baiser. Tu as surgi des interstices  illicites. Têtes bêches des défilés infidèles. Attire d'elle. Au travers  de tes voies navigables. Au doigt mouillé, je me suis laissé guider.  Dans les crêtes de la pleine lune. A peine de dune en dune. A tous  crins, au galop de la marée, le vent délave le passé. Dérobe la chute et  se soulève jusqu'à l'éclatement. Et je glisse mon amour dans le ressac. Perdue dans les tremblements d'écume. Au loin, tes cris se rapprochaient. Sous la ligne de déraison. Quand l'avant s’apprêtait. L'empreinte nous appartenait. Le sel s'échouait sur tes lèvres. Cristaux enrobant les crissements. Le mica brillait dans tes cheveux. Le vent ombrageux grondait dans les clairs horizons. La peur d'être seul dans un éclair. Tu disparaissais dans l'abandon du ressac. L'humeur de la brume dissimulait mes mensonges dans les rêves de l'aube. Pareil à l'éveil du lendemain lorsqu'il ne reste que l'empreinte et le froid du regret.

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26 juin 2020

Une fois seulement

Vous voulez que je vous parle de ma vie sexuelle, c'est ça? Oui? J'insiste parce qu'il arrive que nous disions oui alors que c'est non. Vous savez ce que c'est, c'est idiot mais nous nous sentons parfois obligées. Sitôt dit oui, on regrette. Nous avons quelques secondes pour dire "en fait, non". Mais quelques secondes, c'est vite passé. Pas le temps de tourner sept fois la langue dans sa bouche. Et puis personne ne nous a obligées à dire oui. Si après le oui nous disons non, nous nous exposons au célèbre "Alors, c'est oui ou c'est non? Faudrait savoir." Nous sommes confrontées à la valeur relative des mots. Quand nous disons oui, là, pas de problème. C'est reçu cinq sur cinq. Pas d’ambiguïté. Quand nous disons oui, c'est comme si nous disions oui. Mais si tout de suite après, nous disons non, là, le doute s'installe. C'est comme si notre non n'effaçait pas complètement notre oui. Comme s'il restait des traces de ce oui initial. Il faut reconnaître à leur décharge que notre oui et notre non ont la lettre o en commun, ce qui peut introduire le doute. Si, si, je vous assure. Alors, ce que je conseille en général, c'est de commencer par dire non. Mais une seule fois non. Parce que si vous dites non deux fois, il peut y avoir confusion. C'est vrai, quand vous dites non une fois, c'est clair, c'est non. Vous affirmez. C'est net. Rien avant, rien après. Un non tout seul comme un nez au milieu du visage. Mais quand vous dites deux fois non, il peut y avoir confusion. Si vous éprouvez le besoin de répéter c'est peut-être parce que vous n'êtes pas sûre de vous. Un deuxième non peut être interprété comme un regret d'avoir dit le premier, comme un premier pas vers le oui. Et faites moi confiance, lui va se faire un plaisir de vous accompagner sur le chemin qui mène au oui. Vous allez l'atteindre vitesse grand V. D'aucuns ne vont même pas attendre d'arriver à destination.
Si nous disons une seule fois non, cela nous laisse la possibilité de dire oui plus tard, bien plus tard. Ou jamais. Attention, deux fois oui et nous ne sommes pas loin d'être une salope. Alors ma vie sexuelle? C'est oui ou c'est non? Faudrait savoir.

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07 juin 2020

Mise en scène

Il y a bien longtemps, j'ai perdu ma dignité. Toute ma dignité. Il ne m'en restait plus aucune trace. Même si l'on avait mis les experts à Miami sur le coup, ils n'auraient pas été foutus d'en trouver le moindre échantillon. Comme les empreintes digitales, chacun a sa propre dignité. Il en traîne sur toutes les scènes de crimes.
Ma vie était une scène de crimes. J'ai assez tôt considéré la dignité comme encombrante. Suffisamment pour m'en débarrasser. A quoi sert-elle au quotidien? Elle entretient la mauvaise conscience. Elle permet aux autres d'asséner d'une voix exprimant le dégoût "Tu n'as vraiment aucune dignité". Qu'on se le dise une fois pour toute, je n'ai aucune dignité et je ne m'en porte que mieux.
D'ailleurs, avant que de bonnes âmes choquées ne me fassent remarquer que j'en étais dépourvu, j'ignorais posséder une quelconque dignité. Oui bien sûr, pendant quelques années, ma vie fut régie. Elle fut régie par des principes, des valeurs, des règles, des interdits, des limites, des commandements, des injonctions. Pour résumer, j'avais peur. Peur de mal faire. Je me croyais obligé de me faire mal. Ils m'avaient appris à avoir peur de la vie.
Tout cela ne m'empêchait pas d'avoir des envies, des désirs en tous genres que certains rangeaient dans la catégorie mauvaises pensées. Mais comme des objets célestes condamnés à tourner sans fin dans le vide, ces pensées tourbillonnaient dans mon cerveau. Il leur arrivait de se percuter, de se mélanger pour donner naissance à des monstres de consanguinité.
Et un jour, mon crâne a cédé. Toutes mes turpitudes ont déferlé comme des hordes de Huns à travers la steppe réclamant jouissance et volupté. Je me mis à boire jusqu'au coma pour finir la nuit baignant dans mon vomi. Je baisais à couilles rabattues n'importe où avec n'importe qui. Je n'arrêtais pas de me choper des trucs et des machins dont avec le temps j'avais de plus en plus de mal à me débarrasser. Je mangeais gras, sucré, salé. Mon bide finit par passer par dessus ma ceinture à laquelle je rajoutais régulièrement un cran. Je me foutais de ce que pouvaient penser les autres. Je devins, ma foi assez rapidement, une grosse et vieille baderne puant la transpiration recuite, la vinasse et laissant s'échapper par tous ses orifices les fermentations putrides et autres fluides.
Un soir, couché dans un passage souterrain dont l'odeur d'urine s'épanouissait avec la chaleur de l'été, provenant de ma poitrine où s'épanouissaient deux seins graisseux, une douleur violente me secoua. Je ne pouvais plus respirer. Je tentai de me redresser mais mon poids m'en empêcha. Je ne pouvais plus bouger. La nausée envahit ma bouche, mon nez. Comme s'il voulait m'aider et s'en tirer à tout prix, mon estomac éjecta un flot grumeleux de couleur brunâtre composé de vin, de bière, d'alcool divers et d'un kébab frites en cours de digestion. Je finis par m'endormir, la joue baignant dans une sorte de purée tiède et gluante.
Plus tard, bien plus tard, je fus réveillé par une odeur de désinfectant. Avec sa machine à brosses, un employé communal avait entrepris de nettoyer le souterrain. Je décidai de partir à la recherche de ma dignité.

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05 juin 2020

L'autre sens

Jusqu'à mon quatorzième anniversaire, rien de spécial. A peu de chose près, j'ai suivi le chemin réservé aux filles. La marelle, les poupées, la vaisselle, la gentillesse, la serviabilité, la ponctualité, le sérieux, l'ordre, le respect de l'ordre établi. J'arrête là, sinon il me faudrait un annuaire pour tout détailler. Pour résumer, je représentais la petite fille bien sous tous rapports. Devant moi s'ouvrait l'autoroute de la normalité. Dans mon esprit, je ne voyais pas matière à discussion.
Bien sûr, je trouvais les garçons bêtes, vulgaires, dégoûtants, libidineux, brutaux, inintéressants. Mais comme toutes les filles. Ni plus ni moins. Je me disais qu'il serait toujours bien assez tôt de les prendre en considération. J'avais cru comprendre qu'ils représentaient un passage obligé pour un certain nombre de choses. En attendant, je faisais sans. Bien sûr, il ne manquait pas d'adultes pour me demander bien fort lors des réunions de famille si j'avais un amoureux. Avoir un amoureux. Quoi de plus ridicule, de plus humiliant entre la tarte et le café. De quel droit s’immisçaient-ils dans ma vie, voulaient-ils souiller mon intimité?
Avec l'autorisation de mes parents, pour mes quatorze ans, j'organisai une fête un mercredi après-midi. Nécessité faisant loi, j'avais quand même, après sélection, invité quelques garçons. Comme l'on pouvait s'y attendre, sous la surveillance de ma mère, l'après-midi fut d'un ennui abyssal. Les garçons ricanaient, riaient bêtement. Les filles minaudaient, prenaient leur air supérieur. Avant de ranger le coca et les bonbons, ma mère consentit à ce que l'on puisse danser un ou deux slows. Je n'avais pas envie de danser avec un garçon. Sentir ses mains me tripoter, son souffle dans mon cou, sa langue baver sur mon menton, devoir supporter ses tentatives pour se frotter contre mon bassin, son érection en avant, m'était insupportable.
Avant que l'un d'eux ne tente de me coincer, j'invitai Lucie à danser. C'était une copine, sans plus. Je ne lui avais jamais confié le moindre secret. Elle faisait partie de ces filles agréables à côtoyer mais dont on ne cherche pas nécessairement la compagnie. Nous commençâmes à danser. Nous n'échangeâmes aucune parole. Sans qu'aucune de nous ne sembla en prendre l'initiative, nous nous enlaçâmes. Les mains de Lucie commencèrent à me parcourir. Je la laissai faire. Je gardai les miennes sur ses épaules. Je sentis des doigts passer sous mon pull et me caresser. D'autres firent irruption sous ma jupe et remontèrent le long de mes cuisses. C'est à peine si nous bougions. Jetant un regard circulaire, je constatai que ma mère s'était absentée. J'espérais que quelqu'un aurait la bonne idée d'enchaîner avec un autre slow. Une langue lécha mes lèvres et pris possession de ma bouche. Les yeux fermés, je me laissais faire.
Quelque temps plus tard, ma mère tint à inviter la famille pour officiellement fêter mon anniversaire.
  • Mais regardez moi ça, elle est gironde la petite, une vraie petite femme. Alors, c'est qui l'heureux veinard?

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