Also solo
Nous étions jeudi soir. Depuis déjà depuis de nombreuses semaines, l'artiste silencieux teasait par l'intermédiaire des réseaux sociaux et bruissait à travers la ville et la campagne la rumeur, cette rumeur qui fait vibrer les zones érogènes comme dit Gégène. Et c'est ainsi que s’égrenait lentement le compte à rebours de notre impatience qui allait nous conduire de l'avenir vers le présent, un présent que l'on devinait à nul autre pareil, fait de ah ah et de ouh ouh nous parcourant les membres réceptifs et impatients de se aller aux plaisirs chromatiques.
Et c'est ainsi que jeudi soir, nous nous sommes retrouvés à la Baraque, lieu associatif, convivial, accueillant sans manière et pourtant dénué de sarouel mais pas de sourires. Donc tout le monde était là, ou presque, un presque imperceptible. Arrivé assez en avance pour être sûr de trouver assise, je pus (rigolo) observer l'artiste, se mouvant dans sa solitude, se préparer, branchant tout ce qui devait l'être et maniant les jacks, chères à Gainsbourg, avec dextérité et doigté. On croit toujours qu'il lui suffit d'arriver, de se mettre au clavier et c'est parti. Que nenni, ce serait faire fi des préliminaires qui mettent dans les meilleurs dispositions pour se donner à son public.
Donc, Gene Clarksville, seul en scène nous offrit un concert... C'est là que vous vous demandez "mais que va-t-il pouvoir dire après tous les autres concerts qu'il a déjà relatés. C'était, après Mano, que je voyais et écoutais Clarksville se produire seul, sans artifices aux sons dans lesquels parfois se diluent l'âme et le talent de l'artiste. Il est vrai que Gene, s'il permet que je l'appelle Gene, sera toujours Gene, un éclat dans l'ombre de la médiocrité et de l'artificiel qui chaque jour tentent de de nous enfoncer au plus profond de la médiocrité et de la vacuité.
Mais le public, vidant bouteilles et verres avec dextérité et gourmandise, avide de fraîcheur et de plaisir non frelaté se pressa nombreux et joyeux, frémissant d'écouter un artiste vrai qui ne triche pas, heureux d'apporter ce quelque chose, cet indicible plaisir que procure la création. Devant un public conquis mais exigeant, le chanteur multi instrumentiste fit, sans ostentation, étalage de sa technique au service de sa sensibilité et de sa générosité. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir Monsieur Clarksville se munir de sa guitare pour interpréter quelques titres. Quelles que soient les cordes, il sait sait les faire vibrer.
Pour terminer, ou presque, une ronchonnerie. Je déplore les rires et éclats de voix qui viennent perturber et altérer l'écoute du concert et que je ressens comme un manque de respect pour l'artiste. Cest peut-être la loie du genre.
Toujours est-il que ce fut un excellent concert. Merci et chapeau garni.