Je finissais de descendre la côte de Montmain, que j'ai horreur de monter, et alors que j'allais traverser la bourgade d'Epinay, dont le nom me fait toujours penser à quelque chose sans que je sache jamais à quoi, quand en contre-bas s'offrit à mon regard un champ sur lequel du lin coupé reposait en une succession d'alignements ondulés en attendant d'être sec. Suspendant mon pédalage, je décidai de m'arrêter afin de prendre des photos à caractère bucolique. La lumière, les couleurs, le silence, le vol des oiseaux, les odeurs, tout était réuni pour faire de l'artistique. Je me fis un plaisir de mitrailler ce paisible endroit qui n'était pas dénué d'humanité. Content de moi, je m'apprêtai à repartir lorsque deux coquelicots attirèrent mon attention. Je repris mon appareils et le plaçai à la verticale des deux fleurs. Je ne prenais aucun risque car comme le dit M Godefroy faut vraiment être une tanche pour rater une photo de coquelicots. Et ceci fait, allez savoir pourquoi, je pris une photo des deux mêmes végétaux sous un autre angle, ce qui me contraignit à me mettre à plat ventre sur le chemin caillouteux. Créer n'est-ce pas souffrir? Pressé d'admirer sur écran mes à coup sûr chef-d’œuvres, et comme le dit une cycliste de mes connaissances, je ne descendis pas bas dans les rapports mais emmenai un 53/12 qui rapidement m'essouffla. Revenant à un braquet plus en phase avec mes capacités physiques, je finis par rentrer. Bien que répandant une insistante odeur de dessous de bras, je différai la douche pour regarder mes clichés. Ce que je vis me consterna et me donna envie de crever dans une chambre froide. Photos fadasses qui en rien ne rendaient l'impression.
Alors, tout ça pour ça? Hé oui.    

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