Alors que l'après-midi s'engourdissait, seul et avec distraction je feuilletais un dictionnaire qui reposait dans l'ombre d'une bibliothèque. Qu'y a-t-il de plus ordonné, de plus prévisible, de plus conventionnel qu'un dictionnaire. Tout y est rangé à la lettre près. Fouiller dans le dictionnaire était un plaisir tant cérébral que physique. Je l'ouvrais au hasard, je n'aime pas l'utilisation utilitaire de cet ouvrage, et posais ma main à plat sur la page qui s'offrait. Je sentais la fraîcheur du papier sur ma peau. Après quelques secondes, je laissais mes doigts glisser jusqu'au bas de la page. Et je recommençais avec une autre. Mais cet après-midi là, je me contentais de passer d'une page à l'autre et finis par me demander quel mot je choisirais s'il devait n'en rester qu'un. Sans trop savoir pourquoi, ce jour là je choisis éperdument. Peut-être en quête d'une intensité.   

Parfois, aujourd'hui encore et toujours, j'aimerais être éperdument. Être éperdument quelque chose. J'ai songé à être éperdument mort. Mais cela finira bien par arriver. Et puis, à de rares exceptions près, le renouvellement n'est pas prévu. L'autre jour, en revoyant subrepticement Paul Newman dans Butch Cassidy et le Kid, j'ai été tenté par l'éperdument beau. Et puis je me suis souvenu de mon passage matinal devant le miroir de la salle de bain. Éperdument loin de tout. Il m'arrive d'être éperdument loin de toi même si tu es tout près. Mais j'aimerais être un autre éperdument. Un éperdument qui ferait battre ton cœur. Un éperdument qui prolongerait notre désir. Un éperdument dans lequel nous disparaîtrions. Il m'arrive d'être simplement perdu.