Quand j'étais petit, ma vie ressemblait à du papier à musique. Le papier à musique d'une seule et même chanson. Papier qu'inlassablement entraînait une manivelle maniée par je ne savais qui. Des adultes qui se relayaient tout au long de la journée pour actionner la manivelle. On savait ce qui était bon pour moi à chaque instant de la journée. La vie n'était qu'un emploi du temps. Et si je sortais d'une des cases horaires, le rappel à l'ordre ne se faisait pas attendre.

C'est ainsi que, comme prévu et entre deux orages, j'entrai dans le hall où Annie, d'un geste agacée, me signifia que j'étais en retard. Donc, d'un pas vif j'empruntai le couloir et l'escalier où je rejoignis des vieux essoufflés probablement passés par la caisse dix minutes avant moi. Installés dans mon dos, ils babillèrent.
- Dis donc, as-tu lu mon mail?
- Quel mail?
- Celui que je t'ai envoyé.
- Tu m'as envoyé un mail?
- Oui je t'ai envoyé un mail.
- T'es sûre?
- Puisque je te le dis
- Je ne l'ai pas reçu.
- C'est bizarre parce que je te l'ai envoyé.
- A la bonne adresse?
- C'est celle que tu m'as donnée.
- Tu l'as envoyé quand?
- Je te l'ai envoyé hier.
- Je n'ai pas ouvert ma boîte depuis trois jours.
-Ah bah c'est pour ça.
Et les premières images du film du jour Le ciel étoilé au-dessus de ma tête sont apparues. C'est l'histoire d'un gars qui vit. Il vit sa vie dans ce qui semble être un duplex en colocation avec une jeune fille. Il évolue dans un monde clos, confiné et délimité par les murs de son appartement. Sa vie est ponctuée de plaisirs charnels de proximité et autres. Pour ce qui est du cul, il privilégie les circuits courts. Ecrivain qui tente d'écrire un deuxième roman après le succès déjà ancien du premier, il est à l'abri des contraintes du monde extérieur. Jusqu'au jour où ce monde, d'autorité, envahit sa solitude, sa vie. Ses parents, une ex, un ami accompagnés d'un psy viennent lui signifier qu'il ne vit pas comme il faut vivre et ont préparé son internement. 
Il y a du Woody Allen dans ce film de d'Ilan Klipper. Humour, névroses et sexe se mélangent et ponctuent ce film qui baigne dans l'absurde et ainsi nous ressemble. Nous n'avons pas tous des parents juifs, une ex qui remettrait bien ça vite fait contre la cuisinière et un ami aigri qui vous veut du bien mais cette histoire est un miroir que l'on aimerait déformant.
Je vous le conseille.

ciel étoilé