Parfois, nous nous disons vivement plus tard qu'il soit bientôt. Nous sommes prêts de croire qu'un doigt sur l'aiguille, nous aurions le pouvoir d'accélérer le temps, ce qui permettrait de passer directement d'aujourd'hui à après-demain, voire à la semaine prochaine. C'est ce qui est arrivé hier. L'égarement dans le continuum temporel. Alors que nous étions encore pour quelques heures hier soir, vibre mon portable qu'en main je prends. Inscrit sur l'écran le prénom d'un ami. D'une caresse de l'index je décroche. L'ami, dont je préserverai l'anonymat, me propose d'aller voir Le lauréat que l'un et l'autre n'avons jamais vu sur grand écran. La perspective de voir Ann Bancroft en grand a rapidement raison de mon hésitation. Entendu, rendez-vous cinq minutes avant les premières images. Mais anticipant une forte affluence qui me contraindrait à côtoyer des vieux et des vieilles toussant, crachotant et se raclant la gorge pour faire remonter de gras glaires expulsés dans des mouchoirs gorgés de précédentes expectorations, je décidais de me pointer en avance dans le hall, même en l'absence d'Annie. Me voici donc seul devant la caisse. De la voix assurée du cinéphile averti, j'annonce au préposé aux billets, deux places pour Le lauréat. A peine ma demande exprimée, s'affiche l'étonnement sur le visage du dit préposé. Je sens que quelque chose cloche. Sur la droite, goguenard, accoudé au comptoir, le directeur de l'Omnia me regarde en souriant. Mon assurance me quitte. "Je crois qu'il y a erreur. Le lauréat est programmé pour le mardi 20, et nous sommes le 13. Soit vous patientez dans le hall en attendant, soit vous revenez" me dit-il. Je ne suis pas toujours sensible à l'humour, surtout à celui des autres. Je souris bêtement et pour me redonner un peu de contenance et pour faire bonne figure, je saisis mon portable. J'appelle l'ami en question pour lui faire part de la confusion et qu'il nous faudra attendre pour admirer les jambes d'Ann.   

Ann