Dans le hall, attendant Annie, je regardais les corps qui sagement patientaient dans la file d'attente. La France vieillit me dis-je. Courbés, ridés, ravagés, tassés, décolorés, dévastés, à petits pas hésitants, ils avançaient vers le guichet où d'une main tremblante ils prenaient leur ticket remerciant d'une voix chevrotante. Le préposé aux billets leur faisant remarquer que le film ne commençait qu'un quart d'heure plus tard, ils indiquaient que ce n'était pas de trop pour aller jusqu'à la salle. Pour ma part, me dirigeant d'un pas alerte vers la salle 7, je ne résistais pas à l'envie de quelque bousculade, genre pogo de maison de retraite. Craquant.

Donc, ceci fait, je m'installais rejoint quelque temps plus tard par des ombres toussantes et crachotantes que la vie ne tarderait pas à achever. J'étais là pour voir Sparring de Samuel Jouy. Je ne vais pas tourner autour du ring, j'ai beaucoup aimé. Que ceux qui n'aiment pas la boxe, qui n'aiment pas les films sur la boxe se rassurent. Le sujet du film est un boxeur. Pour résumer ce film, je reprendrais la phrase de Victor Hugo "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent". Et notre héros, Mathieu Kassovitz, excellent au demeurant, veut vivre. Dans ce film, point de gros plan sur des arcades qui éclatent, pas de sang qui éclabousse, pas de protège dents qui gicle d'une mâchoire fracassée, pas de glorification, pas d'esthétisation de la violence. Simplement un homme qui veut vivre debout, être un bon père, un bon mari et qui ne renonce pas ce qu'il est, à ses valeurs. La caméra nous épargne tous les clichés sur la boxe qui ici n'est en rien une métaphore. La violence est hors du ring.       

sparring