Quand? Quand j'étais petit et peut-être même après. Quand j'étais petit on, ce on exaspéré, me disait quand vas-tu te décider à, il serait peut-être temps que et autres si tu crois que c'est comme ça que, il faudrait peut-être que tu songes à. J'ai toujours admiré et j'admire celles et ceux qui se foutent de ce on qui n'a rien d'autre à nous proposer qu'un moule comme si nous étions condamnés à n'être que des mollusques. Et alors, celles et ceux que j'admirent le plus, mais alors là d'une admiration admirative, ce sont celles et ceux qui vivent leur passion, celles et ceux qui disent no à on.

Donc hier soir, après avoir arpenté le couloir qui allait nous mener salle 7 avec Jorge qui essayait, en vain, de me faire ressentir les subtilités mélodiques qui allaient conduire à l'émergence de The Smiths, après quelques hésitations nous avons pris place pour regarder England is mine qui saisi la jeunesse de Morrissey. Bon, je ne vais pas tourner autour du micro, j'ai aimé. Il n'y a qu'un anglais qui peut faire ce genre de film, Mark Gill en l'occurence. Ce film est l'Angleterre. Les rues, les mecs qui traînent dans ces rues et les fêtes foraines, les maisons, l'intérieur de ces maisons, les petits déjeuners et les assiettes de petits pois d'un vert martien accompagnés de purée et de carottes, les vêtements, les petits chefs, les pubs, NEM et la brume dans laquelle se dissimule notre héros. Il ne manque plus que Margaret qui pourrait surgir à l'autre bout du tunnel. Nous voyons donc Morrissey qui entre et sort du moule et finira par l'envoyer valdinguer (j'aime bien ce mot qui contient dingue et qui fait le bruit d'une résolution). Il se sait différent. Il est face à la société qui à longueur de temps, sous diverses formes, lui demande mais pourquoi tu fais pas comme tout le monde. Pendant un temps, porté par le flot, il fait semblant d'être là, ici et pas ailleurs. Je reste là dit-il. Mais il est toujours autre part, loin du reste. Et puis l'amour, l'amitié, les rencontres, Oscar Wilde, des 45 tours et des 33 tours, l'écriture, les mots, le verbe, le temps le mènent jusqu'à une porte qui, après le générique, s'ouvrira sur les Smiths. Si l'on veut être soi et non l'ombre des autres (c'est beau, hein?) autant l'être rapidement. Oser. Osez.
PS1: nous avons passé une partie du film avec Vincent Blanchard, oui, le gars qui gentiment et avec patience fait notre éducation musicale tous les premiers samedis du mois. 
PS2: je n'ai pas vu Annie dans le hall

England is mine